Le plaisir de la convivialité

“Un bédouin s’arrêta devant des gens et dit à l’un d’eux : “Quel est ton nom ? – Mâni’ (Défenseur)”, répondit-il. Il dit à un autre : “Quel est ton nom ? – Muhriz (Gardien).” Il demanda à un autre : “Quel est ton nom ?” Il répondit : “Hâfiz (Protecteur). – Morbleu ! C’est à croire que vous n’avez que des noms de cadenas!”

Le plaisir de la convivialité (Al-Imtâ’ wa l-mu’ânasa), t. 2, p. 57.

“Vous m’accusez de prendre pour deux divinités distinctes Astaroth et Astarté. Mais au commencement, page 48, lorsque Salammbô invoque Tanit, elle l’invoque par tous ses noms à la fois : ”Anaïtis, Astarté, Derceto, Astaroth, Tiratha” ; et même j’ai pris soin de dire, un peu plus bas, page 52, qu’elle répetait ”tous ces noms sans qu’ils eussent pour elle de signification distincte”. Seriez-vous comme Salammbô ? Je suis tenté de le croire, puisque vous faites de Tanit la déesse de la guerre et non de l’amour, de l’élément femelle, humide, fécond, en dépit de Tertullien, et de ce nom même de Tiratha, dont vous rencontrez l’explication peu décente, mais claire, dans Movers, Phenic, livre premier, p. 574″

Lettre de Gustave Flaubert datée du 21 janvier 1863 (parue L’Opinion nationale du 24 janvier 1863) adressée à M. Froehner en réponse aux critiques de ce dernier sur Salammbô (Revue contemporaine du 31 décembre 1862)

Ivoire de style phénicien de Nimrud (IXe-VIIe siècle av.n.è.). Musée de Sulaymaniyah, Iraq.

Dans le cadre de la Journée « Dans les pas de Claude Calame », qui a eu lieu à Paris, le 10 novembre 2018, Corinne Bonnet a proposé une réflexion sur la manière dont les attributs onomastiques peuvent servir à exprimer un lien intime entre une déesse et un dieu. Pourquoi Astarté est-elle qualifiée de « Nom de Baal » dans des textes ugaritiques et phéniciens ? Que signifie au juste « Visage de Baal », accolé des milliers de fois au nom de Tanit sur les stèles inscrites du tophet de Carthage ? Dans les deux cas, ces appellations construisent la représentation de déesses puissantes, actives, performantes, précisément en raison de leur intimité avec le dieu. Si Astarté « Nom de Baal » fracasse la tête de l’ennemi, Tanit « Visage de Baal », toujours placée devant Baal Hammon dans les dédicaces du tophet, introduit la requête du dédicant, en tant que puissance d’intercession. Si l’on se tourne en direction de la Grèce, de l’Égypte, de la Mésopotamie et d’Israël, on trouve de nombreux indices de l’importance du nom et du visage comme voies d’accès à une certaine connaissance et à une interaction efficace avec le dieu. Le visage est le lieu de l’expressivité par excellence, qui permet, par exemple, à Zeus de décider du sort des Grecs et des Troyens par un simple mouvement du sourcil, tandis que le nom donne à voir qui est le dieu, comment il agit, comment aussi on peut agir sur lui. Le visage et le nom ont donc un rôle stratégique dans les relations hommes-dieux. C’est pourquoi leur inclusion dans des séquences onomastiques est extrêmement significative et demande à être ultérieurement approfondie, y compris dans les dispositifs iconographiques. Le projet MAP entend bien relever ce défi !

Pour plus d’informations sur la journée en l’honneur de Claude Calame.

Corinne Bonnet, Maria Bianco, Élodie Guillon et Fabio Porzia sont partis à Mérida, afin de représenter le projet MAP au IXe Congrès international des études phéniciennes et puniques, qui s’est tenu du 22 au 27 octobre 2018. Le Congrès a également été l’occasion de présenter plusieurs travaux en cours sur le Proche-Orient, Chypre et Ibiza.

Aphrodite Munich

Nouveauté : pour le séminaire 2 « Noms de dieux ! – Les dieux aux frontières » arrivent les podcasts de toutes les conférences. Si vous souhaitez réécouter les interventions, voici les liens :

¤ Alberto Cantera Glera (FUBerlin) : “Noms et épithètes des dieux,
dédicaces rituelles et calendriers dans la tradition avestique antique”

¤ Valérie Matoïan (CNRS – UMR 7192) : “Anat et Astarté, regards croisés
sur l’iconographie d’Ougarit”

¤ Marco Bonechi (CNR – ISPC) : “Gods, epithets and territory. Some
structural features in the pantheon of the Early Syrian Ebla texts”

¤ Alice Mouton (CNRS – UMR 8167) : “Nommer les dieux hittites : au sujet de quelques épithètes divines”

¤ Lionel Marti (CNRS – UMR 7192) : “Théonymie d’une réussite, l’itinéraire d’Assur dans le Proche-Orient ancien” / Pour des raisons techniques l’enregistrement est incomplet, nous nous en excusons.

¤ Françoise Van Haeperen (UCLouvain) : “Réflexions sur les attributs onomastiques des divinités honorées à Ostie, port de Rome”

Tenez-vous informés des prochaines séances via notre facebook !

Mais Zeus Olympien de ses faveurs extrêmes – Aux bons comme aux méchants fait l’aumône à son gré. – Porte patiemment le fardeau qu’il t’impose. Cependant, puisque ici tes pieds ont pénétré, – Tu vas être pourvu d’habits, de toute chose, – Comme il sied au souffrant qui prie avec douceur.

L’Odyssée d’Homère, chant VI

Conférence dans le cadre du festival L’humain à venir à Toulouse le 18 mai 2018
Corinne Bonnet, Claude Calame, Vinciane Pirenne-Delforge, Fabio Porzia

Peut-on comparer les conceptions anthropologiques grecques et sémitiques de ce qui rapproche et sépare à la fois l’humain et le divin ? Qu’il s’agisse de récits des origines ou d’action rituelle, ces deux sphères sont pensées dans une interaction constante, problématique et ambivalente, bienfaisante et dangereuse. L’humain est-il le fruit d’une chute, d’une déchéance ? Le divin est-il « sur-humain » ?  Par la comparaison, on appréciera les stratégies culturelles de la fabrique corrélée de l’humain et du divin en Méditerranée ancienne.

Conférence dans le cadre du festival L’humain à venir à Toulouse le 18 mai 2018
Corinne Bonnet, Adeline Grand-Clément, Vinciane Pirenne-Delforge

Issu d’une femme tout humaine et d’un taureau d’origine divine, le Minotaure concentre dans son hybridité l’excès (hybris) qui l’a fait naître.
Entre la Crète et Athènes, les récits de l’épreuve du labyrinthe et du combat contre le monstre sont autant de manières d’exprimer le passage d’un état à l’autre. Mais la porosité entre humanité et animalité ne place pas forcément la monstruosité là où on l’attend et les appropriations de ce thème – antiques et modernes – sont riches de perspectives.
« Qui n’a pas son Minotaure ? » Poser cette question, c’est inviter à écouter les mille et une voix d’un Minotaure sans cesse recréé.

© ERC MAP 2017-2022

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com